Séparation et difficultés de communication : comment protéger l’enfant ?

Témoignage d’un père.

Je me souviens, du moment, il y a quelques années, où la maman de ma fille et moi nous séparions, d’une façon malheureusement conflictuelle : je me suis alors dit que je me battrai pour que ma fille ne soit pas privée de son papa. Être privé d’un de ses parents est injuste et ampute l’enfant de l’amour auquel il a droit.

C’était pour moi le début d’un long combat, mais je ne savais pas à quel point ce serait dur. Comment aurais-je imaginé ne plus pouvoir parler librement à ma fille, ne plus pouvoir lui faire un bisou si je la croisais dans la rue au hasard de la vie quotidienne ? Comment aurais-je pensé qu’un parent pourrait empêcher délibérément un enfant de courir vers son autre parent, de se jeter dans ses bras, de l’embrasser ?

La manipulation ou l’aliénation parentale est tellement destructrice. Ce parent aliène l’enfant à sa cause et le jeune enfant ne sait plus qui croire. Parfois, le rejet de votre personne par l’autre parent est si viscéral, si profond, que tout ce qui vous touche de loin ou de près est éludé, comme gommé de la vie de l’enfant chez l’autre parent.

Chaque individu, grand ou petit, majeur ou mineur, a des droits qui doivent être protégés et respectés. Tout être humain, chacun de nous, a sa liberté de conscience. Nul ne doit imposer à autrui sa manière de penser. Personne ne peut empêcher un enfant de penser et de s’exprimer librement.

Oui, la séparation est souvent douloureuse pour les parents, mais c’est l’enfant qui se trouve au milieu et déchiré parfois.

Pour ma part, lorsque j’appelais chez mon ex conjointe et lui demandait à parler à notre fille on me disait que ma princesse ne souhaitait pas me parler ou qu’elle dormait… ou on alléguait tout autre prétexte. Pire : si je décidais de venir à la sortie de l’école un jour de garde de la maman pour procéder à l’échange des vêtements (car c’était le seul moyen de se rencontrer), celle-ci empêchait ma fille de venir de voir.

Combien de fois ai-je été triste de ne pas pouvoir dire à ma fille que son papa pensait à elle, de ne pas pouvoir lui demander comment s’était passée sa journée d’école ? Quel mal y a-t-il si ma fille vient me faire un bisou en sortant de sa classe ? Quel délit de ma part ?

Un premier jugement a donné à chacun des parents un droit de garde alterné par demie-semaine, rythme de vie auquel notre fille s’est bien adaptée. Quelques années après le premier jugement, en raison des difficultés de communication, un deuxième jugement a été rendu qui confirme les droits qui avaient été donnés précédemment.

Pourtant la situation n’a pas changé. La communication ne passe toujours pas entre la maman et moi, malgré mes efforts. Je veille à ce que notre fille puisse parler à sa maman quand elle le souhaite. Je ne l’empêche pas d’aller embrasser sa maman, de recevoir un bisou de sa maman quand celle-ci vient à a sortie de l’école l’un de mes jours de garde. J’emmène notre fille aux activités de loisir et événements festifs, même occasionnels et impromptus décidés par sa maman sur l’un de mes jours de garde. Je fais en sorte de ne pas priver notre fille de ces joies, quitte à modifier mon emploi du temps.

J’ai demandé et obtenu une médiation familiale qui a été refusée par la maman. Je suis malheureux de cette situation et je sais que notre fille aussi en souffre.

Oui, tout est compliqué et je ne sais plus quoi faire. Je suis aujourd’hui un papa désemparé. Pourquoi entrer en conflit sur des questions simples : l’échange de vêtements avec la maman, le choix et l’organisation des activités scolaires et extrascolaires, l’achat des fournitures pour la rentrée ?

Au moment où je vous parle, notre fille est dans un pays étranger sans que j’en aie été avisé. Je n’ai pu la joindre par téléphone que deux fois en 23 jours : la maman ne souhaite pas mes appels, je sens que ma fille est gênée au téléphone et je ne veux pas qu’elle soit triste.

Comment faire lorsque, malgré tous vos efforts la situation est bloquée et risque d’empirer avec le temps ? Comment peut-on en arriver à une telle situation ? Comment un des deux parents peut-il priver son enfant de communiquer avec l’autre parent ? Comment et pourquoi la situation se détériore-t-elle et finit-elle par entraîner l’inertie, l’absence de prise de décision, bref le blocage ? Comment peut-on empêcher les choses de dégénérer ?

Heureusement, il existe des juges et une justice pour veiller, des médiateurs pour apaiser.

J’ai eu la chance d’avoir sur ma route de belles personnes pour m’aider et une avocate qui a bien défendu l’intérêt de notre fille et de son papa.

Chaque parent doit savoir que l’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. L’exercice commun de l’autorité parentale implique que les parents ont l’un et l’autre les mêmes droits et devoirs à l’égard de l’enfant : ils doivent notamment prendre ensemble les décisions importantes concernant la santé, l’orientation scolaire, l’éducation religieuse ou laïque, le changement de résidence de l’enfant ; ls doivent s’informer sur l’organisation de la vie de l’enfant (vie scolaire, culturelle, traitements médicaux, loisirs, vacances). Tout ceci dans le but d’établir et maintenir une communication claire, permanente, au bénéfice de l’épanouissement de l’enfant.

Je sais qu’il faut s’efforcer, encore et toujours, de communiquer.

Je sais qu’il ne faut jamais abandonner, car tout l’amour que l’on a pour son enfant fera un jour que la situation s’éclaircira.

J’espère que mon témoignage sera utile. Partager, échanger avec d’autres parents, d’autres familles, m’a toujours été précieux et je souhaite que cela le soit aussi pour vos lecteurs.