Savigny : les commerçants protestent contre les travaux

Les travaux d’assainissement en cours sur le Boulevard Aristide-Briand impactent fortement l’activité des commerçants situés dans et à proximité de la zone de chantier. 


« D’habitude, en octobre, on travaille bien… Mais plus les semaines passent et moins les clients viennent » confie-t-on, au salon de coiffure « Jade ». Si le mois n’est pas fini et qu’il est trop tôt pour chiffrer le bilan, d’autres commerçants ont déjà leurs estimations : plus de 60 % de pertes pour l’équipementier DP Pro, environ 50 % pour l’épicerie, au moins 15 % pour la boucherie D’antan… En moyenne, les commerçants de la zone prévoient une baisse de 30 % de leurs chiffres d’affaires pour ces mois-ci (septembre à novembre).

Le boucher évoque même une double-sanction : non seulement, il a moins de clients en nombre, mais en plus, les gens achètent moins en volume, parce que les voitures sont garées plus loin. À quelques mètres, Équilibre, le magasin de matériel médical, indique ne plus pouvoir recevoir toute une partie de sa clientèle, à mobilité réduite.

À Domo Declic, on trouve cette répercussion économique des travaux d’autant plus dure, pour une jeune entreprise en pleine expansion. En face, le chocolatier d’À la reine Astrid compte les semaines qui le sépare du terme du chantier. Il se montre surtout très inquiet en vue de la période des fêtes et espère que tout sera bien achevé d’ici à la fin novembre. Il précise : « c’est la période au cours de laquelle nous réalisons 40 % de notre chiffre d’affaires annuel ! »


Des commerces devenus trop difficiles d’accès

Chacun explique son déficit par le problème du stationnement, devenu inexistant au niveau de leurs commerces. Il n’y a aucune alternative, et le système de déviation des rues, mises à sens unique pour fluidifier le trafic entre l’A6 et la N7, n’arrange rien. Le chocolatier résume la situation : « Les gens ne s’arrêtent plus. »

Le boucher continue : « Il aurait fallu venir voir hier (mercredi). Ils avaient organisé une déviation piétons qui obligeait les gens à traverser le chantier parce qu’ils travaillaient sur les trottoirs. » Un ouvrier nous interpelle pour se défendre : « On sait que ce n’est pas pratique, que ça salit et qu’on fait du bruit. Mais on fait tous notre travail. Eux le leur, et nous le nôtre. »

Pour autant, ces travaux impactent différemment les commerçants. À l’Atelier, le restaurant portugais, la baisse de fréquentation se vit surtout le matin à cause des camions de livraison, puis le midi à l’heure du déjeuner. Mais en face, chez DP Pro, c’est l’après-midi qui est très dure, car rares sont les clients « à partir de 15 heures ».


Des travaux positifs mais mal programmés

Tous sont d’accord pour affirmer qu’il y avait besoin de ces travaux, notamment pour refaire les trottoirs relativement défoncés. Au salon de coiffure, on essaie même d’y voir le positif :  le magasin disposera désormais d’un accès pour les personnes à mobilité réduite, qu’il n’avait pas avant.

Mais un autre problème apparaît être la période du chantier. Pour le boucher, le plus gênant est la concentration d’autant de travaux et de déviations donc de rues bloquées à proximité de la zone. [La Ville refait cette année 3,7 km de routes ; un chiffre à comparer avec les 1,9 km refaits en 2015. Pour mémoire, il y avait une moyenne de 4 km de routes refaites tous les ans sous le précédent mandat, et 5 km par an sous le mandat de Jean MARSAUDON]. Pour l’épicière, il aurait fallu tout faire cet été, quand cela impactait le moins de monde.


Des commerçants oubliés des pouvoirs publics

Un reproche récurrent est le manque d’information et de communication sur les travaux, de la part de la Ville et de l’intercommunalité. Par exemple, beaucoup s’inquiètent de retards et voudraient savoir combien de temps encore est-ce que ça va durer précisément. Mais la plupart d’entre eux avouent aussi ne pas savoir vers qui se tourner. Beaucoup ignorent sinon leur droit à un dédommagement (lire l’encadré en bas d’article), et les formalités à accomplir pour obtenir une telle indemnisation.

Tous ont juste reçu un simple courrier, fin août ; le même que celui adressé aux riverains. Certains regrettent qu’il n’y ait pas eu une réunion de concertation spécifique, à leur intention, comme celle qui a été organisée pour les habitants de la rue de la Pointe-Sirette. Au fil des échanges, les langues se délient. Plusieurs expriment un sentiment d’abandon de la zone et citent en exemple les décorations de Noël qui ne viennent pas jusque-là, mais s’arrêtent à la rue des écoles. Pourtant, « on paye nos taxes comme tout le monde », confient-ils, assez désabusés par la situation. Les clients présents acquiescent.

Deux commerçants ont essayé de prendre rendez-vous avec le maire, mais leur rencontre a mystérieusement été annulée la veille de la date fixée. Ils attendent toujours, depuis lors, d’être recontactés… Sollicitée, la Ville de Savigny n’a pas su répondre à nos questions. Elle ne semble toutefois rien prévoir à ce jour pour accompagner les différentes démarches, qu’il serait plus simple de grouper. De son côté, l’association des commerçants Dynamic Savigny se dit prête à transmettre toutes les précisions dont elle dispose.


Malgré ces travaux qui doivent durer jusqu’à la dernière semaine de novembre (moins longtemps, s’ils ont fini avant), les commerçants de la zone restent ouverts !

Ne les oublions pas !


Encadré : L’indemnisation des commerçants pénalisés par des travaux publics

Tout commerçant subissant un « préjudice commercial anormal et spécial », lié à la réalisation des travaux publics, peut solliciter le versement de dommages et intérêts auprès du maître d’ouvrage public des travaux (ici l’intercommunalité du Grand-Orly Seine Bièvre).

Le préjudice doit être prouvé donc chiffré au moyen de comparaisons dans le temps. La causalité directe avec les travaux doit être établie par leur durée, leur organisation, les difficultés d’accéder au commerce, les gênes et les nuisances éventuelles, et leur caractère plus ou moins répétitif.

Contactée par téléphone, l’intercommunalité, par la voix de son responsable des travaux d’assainissement, nous précise que les commerçants doivent lui envoyer un courrier papier détaillé, accompagné des preuves du préjudice. Ce courrier sera ensuite transmis à leur service juridique et c’est leur assurance qui remboursera les commerçants au cas par cas.

Précisons enfin que le montant de l’indemnisation peut être contesté devant le Tribunal administratif de céans (Versailles), au moyen d’un recours en contentieux.


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